Francophones d’Amérique – et du monde!

Le monde francophone (auteur: aaker)

Le Québec a l’habitude de se percevoir presque exclusivement comme minoritaire, ilot francophone dans une Amérique du Nord anglophone. De nombreux Québécois croient donc implicitement que le français les isole du reste du continent, voire du monde. Or, il n’en est rien.

Prenons un peu de recul et regardons le monde: le nombre de francophones se compte en centaines de millions et est en plein croissance, notamment en Afrique. Le français est diffusé sur tous les continents et la culture française, et plus largement francophone, a largement contribué à façonner l’Occident moderne. Voilà qui commence bien.

Le Québec est donc le maillon nord-américain d’un des réseaux culturels, linguistiques et humains les plus vastes au monde! Le caractère francophone du Québec, loin d’isoler le Québec est sa principale porte d’entrée sur le monde extérieur, au-delà de l’Amérique du Nord. J’aime assez la chronique de Jean-Benoît Nadeau sur la Francophonie au quotidien québécois « Le Devoir » pour son insistance sur ce point. Il n’hésite pas à rappeler que le français relie le Québec au vaste monde. Sa première chronique s’ouvre d’ailleurs sur les mots: « Le Québec n’a pas le pétrole, mais il a sa langue. »  Les francophones sont un réseau de soutiens et d’alliés que de nombreux peuples peuvent lui envier, à commencer par la France (en donnant par exemple une impulsion importante à la paradiplomatie québécoise), mais pas seulement. C’est un réservoir de croissance sous-exploité (vrai des autres pays francophones aussi).

Mais l’anglais? Et la vaste et puissante Amérique du Nord? L’erreur commise par certains est de croire qu’être francophones nous couperait du reste de l’Amérique du Nord, voire du monde. Pour les États-Unis et la Canada anglais, vu la l’histoire et la géographie du Québec, on peut considérer qu’il est et proche et partie prenante de la culture anglo-américaine de toutes façons. Nous connaissons bien la manière de penser et la culture de nos voisins, bien mieux qu’ils ne nous connaissent nous, entre autres à travers la quantité énorme de produits culturels qui déferlent sur nous (et d’autres) chaque année. Ils sont nos voisins et à ce titre des partenaires commerciaux et politiques importants.

Mais au-delà? La francophonie nous rapproche non seulement de l’Europe (où vivent de 70 millions de francophones, dans des États riches et influents) et de l’Afrique (où vivront la majorité des francophones à l’avenir, et en pleine croissance), mais aussi du reste de l’Amérique, hispanophone et lusophone. En effet, nous devons toujours considérer que notre francophonie s’insère dans un réseau latin plus vaste, la « romanophonie », ensemble des locuteurs de langues romanes, liés par l’origine commune de leurs langues, qui les rend leur apprentissage éminemment accessible, mais aussi plus largement à la tradition européenne « continentale », dans la mesure où celle-ci s’oppose à la tradition britannique majoritaire en Amérique du Nord (avec par exemple le droit civil, un individualisme plus tempéré, etc.).

Le monde « romanophone » (auteur: Qyd)

Tout ceci nous permet d’affirmer deux choses:

  • Le Québec est prédisposé à servir de pont entre l’Amérique du Nord et la francophonie, l’Amérique latine et même plus.
  • Le Québec représente la vraie ouverture et la vraie diversité culturelle en Amérique du Nord, en tant que seule société du continent dont la matrice culturelle n’est pas (majoritairement) britannique.

Au contraire, l’Amérique anglophone, dépositaire, certes, d’une des plus grandes cultures du monde, est, elle, assez hermétique aux autres cultures. C’est bien sûr en grande partie simplement dû à l’effet de masse: plus une aire culturelle est importante, plus elle a tendance à s’autosuffire. Elle est certes ouverte à la circulation des individus et au commerce, mais ça n’a pas grand chose à voir: la production culturelle consommée y est anglophone et le reste n’est en définitive accessible qu’aux initiés. L’apprentissage des langues étrangères y est rare. Et ce ne sont pas les soirées passées dans des restaurants chinois, thaïs ou italiens qui y changent quelque chose. Rien ne sert dans ces conditions de se gargariser de « multiculturalisme ». Il ne s’agit pas de lancer la pierre, mais dans le contexte qui nous intéresse, il peut être utile de s’en rappeler.

Autant dire que les Québécois n’ont aucun complexe quel qu’il soit à avoir sur le plan de l’ouverture au monde par rapport au reste de l’Amérique du Nord. Le Québec possède un taux de bilinguisme très élevé. De nombreux Montréalais sont trilingues. On pourrait même faire mieux si on se rendait plus compte encore que maintenant de la facilité d’accès de l’espagnol et du portugais pour les francophones. Il est tout à fait faux d’affirmer que le Québec est coupé du reste de l’Amérique ou du monde en raison de sa singularité. Je crois que c’est tout le contraire.

Plus encore, si le Québec est l’un des États non souverains les plus connus de la planète, il le doit bien entendu à sa francophonie. C’est essentiellement par elle qu’il existe et qu’il est ouvert au monde. Qu’on se le dise!

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