Romanophonie et intercompréhension

Carte de l’espace romanophone

Tel qu’expliqué dans mon message précédent, je suis d’avis qu’il ne faut pas oublier de replacer la Francophonie dans le contexte de ce qu’on peut appeler la « romanophonie », c’est-à-dire la communauté des locuteurs de langue romane et même plus généralement dans celui de la « latinité » (ensemble culturel auquel appartiennent notamment, à divers degrés et de manière non exclusive, tous les peuples de langue romane).

Notre appartenance à la romanophonie nous donne un accès privilégié aux autres langues et cultures romanes (et vice-versa). Apprendre une langue romane losqu’on est romanophone, c’est en grande partie apprendre les différences entre sa propre langue et celle qu’on apprend. La majorité des concepts, de la syntaxe, du vocabulaire, restent très proches (mention spéciale pour le roumain et ses quelques idiosyncrasies tout de même… ça ne l’empêche pas de rester acessible à mon sens). Un texte est en général au premier abord partiellement transparent, on sent qu’il ne manque que peu de connaissances pour attendre une compréhension satisfaisante.

C’est à travers mon intérêt pour les langues romanes que je me suis un peu penché sur le comcept d’intercompréhension à l’intérieur d’une même famille linguistique. Celle-ci se fonde sur deux prémisses:

  • Il est en général plus simple d’atteindre une compétence passive (surtout à l’écrit, où l’on n’est pas gêné par le rythme ou la prononciation du locuteur) dans une langue qu’une compétence active (prodution orale et écrite autonome).
  • Les langues romanes étant très transparentes les unes aux autres, atteindre cette compétence passive dans les autres langues est un objectif réalisable et réaliste en un laps de temps relativement court.

De là l’idée, entre romanophones (mais aussi au sein d’autres familles linguistiques – les langues slaves sont par exemple aussi très transparentes les unes aux autres). Des « romanophones » accomplis pourraient se parler dans leur langue respective et s’attendre à être compris d’autres romanophones de langue maternelle différente. La romanophonie représente un ensemble linguistique de près d’un milliard d’individus.

Dans les faits, de manière plus réaliste, j’ai qu’à l’oral, les gens préfèrent en général utiliser une même langue, même si ce type d’interactions demeure tout à fait possible. Je crois qu’il y a par contre un grand avenir potentiel à l’écrit. En effet, sur Internet, il est très facile de rentrer en contact avec du contenu écrit. Un de vos amis brésiliens partage un article sur un sujet qui vous interpelle sur les réseaux sociaux? Pas de problème si vous avez une bonne connaissance de ce que j’appelle le « vocabulaire roman » étendu, quelques concepts et mots-clés de base du portugais et, idéalement, un peu d’entrer (c’est mon cas, je lis des articles en portugais sans problème sans le parler couramment).

Un nouveau paradigme pour l’apprentissage des langues?

 

L’objectif de compréhension plutôt que de production du discours peut à mon sens représenter une autre manière d’aborder l’enseignement des langues étrangères. Pourquoi ne pas viser la compétence active tout de suite et ne se limiter qu’à une demi-compétence, demanderont certains? Soyons réalistes, la plupart des cours (du moins « classiques »), particulièrement en milieu scolaire mais pas seulement, se donnent un double objectif de production et de compréhension, mais la majorité des participants sont loin d’atteindre le niveau visé. Ceci peut être attribué à nombre de facteurs, comme par exemple la motivation, mais il ne faut pas oublier que dans tous les cas, un apprentissage dans un contexte scolaire ou « classique » donne souvent des résultats limités.

Cela veut-il dire qu’il faille abandonner toute apprentissage dans ce cadre? Pas nécessairement, et on pourra peut-être s’aider si on accepte de changer un peu nos buts. L’objectif de compréhension est plus facile à atteindre que celui de la production active, sutout pour une langue de la même famille que celle de l’apprenant. Des résultats concrets peuvent rapidement être atteints, ce qui aiderait sans doute à maintenir la motivation. De plus, celle-ci est (au moins dans le cas d’un cours de langues romanes) un puissant soutien à la compréhension des structures de la langue française, grâce à la comparasion qui s’opère avec celles de nos langues-sœurs. C’est aussi une excellent introduction à l’étymologie, à l’histoire du français et des langues romanes, ainsi qu’à la linguistique historique. Elle permet de situer le français dans l’espace linguistique actuel.

Un tel cours montrerait du vocabulaire fondamental ainsi que les différences et les correspondances systématiques entre langues romanes, ce qui permet de s’approprier rapidement la grande quantité de vocabulaire apparenté (exemples). En prime, cet apprentissage aidera aussi les francophones à comprendre, par exemple, d’où vient le système orthographique du français qui, de relativement opaque, cesse de l’être pour apparaitre comme le résultat d’une histoire certes tortueuse, mais compréhensible.

À ceux qui pourraient (assez légitimement) penser qu’il ne s’agirait que d’une compétence tronquée et inutile, rappelons que la compétence des élèves de l’enseignement secondaire est souvent faible de toute manière. Alors pourquoi ne pas se donner des objectifs un peu différents? Ceux qui développeront un intérêt approfondi pour l’une ou l’autre des langues romanes étudiées auront une longueur d’avance et pourront passer à la pratique active très facilement. Les autres auront acquis une plus grande culture générale et une meilleure compréhension de leur langue.

Comment apprendre?

L’un des livres les plus complets que je connaisse sur le sujet est celui de Paul Teyssier, Comprendre les langues romanes, qui passe en revue les pricipaux points importants pour atteindre la compréhension à l’écrit de l’espagnol, du portugais (dont l’auteur est spécialiste), de l’italien et du roumain. À ma connaissance, il s’agit du seul ouvrage « de référence » sur le sujet en français, bien qu’il existe d’autres ressources, telles que des cours et des méthodes.

Il existe par exemple un projet de l’Union latine (qui a malheureusement cessé ses activités et constituait un embryon de romanophonie formelle), Itinéraires romans (qui demeure accessible) qui s’adresse aux jeunes.

Notons aussi la création du CLOM (cours en ligne ouvert et massif) de l’Organisation internationale de la francophonie, se donnant pour but de former à l’enseignement de l’intercompréhension.

Reste ensuite la pratique… La presse de très nombreux pays est accessible gratuitement sur Internet, alors profitons-en! J’ai aussi remarqué que la lecture d’articles Wikipédia était souvent relativement aisée.

Qu’attendons-nous pour être romanophones?

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